À l'avant-scène
Théâtre

Anne-Marie Olivier, il était une fois

Ce qu’il y a de fascinant dans une histoire, c’est qu’elle n’obéit à aucune règle. Les personnages qu’elle met en scène peuvent être réels ou fictifs, tout comme les aventures qu’elle raconte. Quelle belle façon de présenter les êtres humains que nous sommes! 

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Mylène Feuiltault
4 novembre 2017

Ce qu’il y a de fascinant dans une histoire, c’est qu’elle n’obéit à aucune règle. Les personnages qu’elle met en scène peuvent être réels ou fictifs, tout comme les aventures qu’elle raconte. Quelle belle façon de présenter les êtres humains que nous sommes!

Je crois pouvoir affirmer sans me tromper qu’Anne-Marie Olivier est la personne que je connais qui aime le plus les histoires. Elle aime les vivre, les entendre, les inventer, les jouer, les écrire et les raconter avec une petite étincelle dans les yeux qui ne ment pas.

« Une histoire, c’est quelque chose de dichotomique : c’est la création d’un nouveau monde et le miroir du monde dans lequel on vit, me raconte Anne-Marie Olivier. Quand on utilise les mots « il était une fois », toutes les portes sont ouvertes. On peut à la fois décrire notre société et commencer un monde nouveau. C’est la chance que nous avons de refaire notre vie, de lui donner du sens, de la beauté ou encore d’exprimer la cruauté ou la frustration que l’on peut ressentir par rapport au monde. On peut tout mettre dans une histoire. Pour moi, c’est aussi une façon de rester en santé parce que je peux y dépeindre tout ce qui me révolte, m’emporte, me passionne ou me brise le cœur. C’est un véhicule extraordinaire ! Les histoires c’est le théâtre, les chansons, le cinéma, la peinture, mais aussi notre vie quotidienne quand on se demande : « comment a été ta journée ? », parce que c’est une ouverture sur l’autre. Ma mère me racontait des histoires quand j’étais petite, et encore aujourd’hui, je ne m’en lasse pas, je ne m’en lasserai jamais. »

Au fil des années, Anne-Marie nous a offert des histoires qui ont touché le public droit au cœur. Depuis que je travaille avec elle, je ne compte plus les fois où l’on m’a dit: « Oh, Anne-Marie Olivier ?! J’ai tellement aimé (insérez ici : Gros et détail, Annette, Faire l’amour ou l’ensemble de ces réponses). Ça m’a tellement (insérez ici : ému, bouleversé, transformé ou l’ensemble de ces réponses). »

Nul doute que la plus grande force d’Anne-Marie Olivier est d’utiliser des histoires vraies comme fondement de sa création.

« Les histoires vraies sont plus puissantes que les histoires inventées de toute part. À la fois plus intéressantes, elles nous en apprennent plus sur l’être humain et sur la vie qui est fascinante, troublante et bouleversante. Plus jeune, j’avais peine à croire que la réalité dépassait la fiction. Aujourd’hui, je peux vous dire que ça se vérifie. »

Pourtant, on retrouve toujours sa signature si particulière dans les histoires qu’elle écrit.

« À travers le prisme d’une personne, l’histoire se transforme, elle devient sa version, sa vision. À mon sens, ce n’est pas travestir la réalité, c’est plutôt la recevoir et la redonner comme auteur. Au même titre qu’un peintre qui peint un modèle et au final, la personne qui regarde la toile se dit : « cette fille-là n’a pas des triangles ou des carrés dans le visage», mais c’est ce que le peintre a reçu, une diffraction de la lumière. »

Et comme ça, à la fin de cette inspirante discussion avec Anne-Marie, m’est venu la folle envie de me blottir dans les oreillers avec mes fils pour leur raconter une histoire et pour qu’ils m’en racontent une à leur tour. Afin qu’eux aussi ne s’en lassent jamais.

Aussi paru dans le magazine Le Clap, #201, mars et avril 2017

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