À l'avant-scène
Théâtre

Frédéric Dubois, l’éclaireur

Le chef est celui qui commande, qui exerce une autorité. Au théâtre, on attribue souvent le rôle du chef au metteur en scène. Mais est-ce que le mot chef est le plus approprié pour décrire ce métier ? Pas pour le metteur en scène Frédéric Dubois. 

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Mylène Feuiltault
20 janvier 2018

Le chef est celui qui commande, qui exerce une autorité. Au théâtre, on attribue souvent le rôle du chef au metteur en scène.

Mais est-ce que le mot chef est le plus approprié pour décrire ce métier ? Pas pour le metteur en scène Frédéric Dubois. « J’aime mieux le mot éclaireur, ou l’expression :  celui qui enflamme, pour décrire mon métier. Je ne marche pas devant et si je le fais parfois, c’est simplement pour rameuter. J’accompagne.  Mon travail est de trouver ce qu’il y a de meilleur dans les propositions avancées et de les mettre ensemble, de m’assurer que le collage est possible. Je lance les premières idées, mais comme une direction, pas comme une finalité.  Tout est dans le parcours de toute façon, dans le chemin à faire. Parce que mon travail est de remarquer les détours, les nommer, les essayer. J’aime bien penser que mon équipe et moi sommes des chercheurs. » 

Pour Frédéric Dubois, figure importante du théâtre québécois, l’idée de faire de la mise en scène est apparue en allant voir des spectacles à l’école de théâtre au CÉGEP de St-Hyacinthe alors que son frère, le comédien et metteur en scène Patrice Dubois, y étudiait. « Pour la première fois, je voyais le processus, le travail et les choix qui étaient faits.  Je me suis dit que je pouvais essayer ça aussi. Je me rappelle très bien, d’ailleurs, du moment où j’ai compris le plaisir d’en faire.  Au CÉGEP, on montait Zazie dans le métro et j’avais une amie qui faisait le mouvement plus chorégraphique. Je lui avais donné des consignes pour une scène de souper, sur une musique des Beatles. Après quelques heures, ils sont venus me montrer le résultat et c’était exactement ce que je voulais. Et j’ai pleuré. Je me rappelle avoir dit tout haut :  c’est fou d’imaginer un truc dans sa tête et que ça apparaisse en vrai. » 

S’il puise son inspiration dans le cinéma, l’art contemporain et la photographie, Frédéric est avant tout un « metteur en scène de mots », pour emprunter sa propre expression. Les textes demeurent donc sa matière première, le départ de toutes ses idées.

Quand je lui ai demandé de se décrire comme metteur en scène, il s’est d’abord défini comme un gars d’équipe : « Je ne détiens pas la vérité. J’écoute beaucoup.  Je laisse arriver les idées. Mais je sais trancher aussi et rapidement. Je n’hésite jamais à dire que je ne connais pas la réponse dans l’immédiat et que nous trouverons. Je suis un metteur en scène qui fait confiance. »

Pas étonnant que ce qui le fait le plus vibrer dans son travail soit les équipes avec lesquelles il travaille. « La rencontre.  Le moment où tous sont tournés vers la même chose :  la recherche fondamentale de ce qui est Beau. La salle de répétition est un lieu unique.  Pendant quelques heures, des humains réfléchissent ensemble et librement à la condition humaine, et ce, avec beaucoup de bienveillance, d’écoute et sans jugements. C’est un endroit de partage exceptionnel.  Et voir se déployer un personnage est une chose rare. »

La force d’un vrai leader est certainement de voir son équipe comme un tout dont il fait partie, et non pas comme une entité qu’il dirige. Frédéric Dubois est sans contredit un leader, une force déterminante qui, entouré de ses équipes, crée des moments de théâtres uniques.

Aussi paru dans le magazine Le Clap, #204, septembre et octobre 2017

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