À l'avant-scène
Danse

Harold Rhéaume : la place du public dans ma démarche artistique

Depuis mes toutes premières expériences professionnelles en danse, le public occupe une place toute spéciale. En 1989, je suis devenu interprète et chorégraphe pour la compagnie Le Groupe de la Place Royale, à Ottawa. 

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Harold Rhéaume
18 septembre 2017

Depuis mes toutes premières expériences professionnelles en danse, le public occupe une place toute spéciale.

En 1989, je suis devenu interprète et chorégraphe pour la compagnie Le Groupe de la Place Royale, à Ottawa. À l’époque, cette compagnie venait de quitter son statut de compagnie de répertoire pour devenir le premier centre chorégraphique au Canada.

J’ai eu la chance d’apprendre mon métier de chorégraphe au sein d’un lieu d’expérimentation, d’essai et de recherche.

Chacune de ces recherches fondamentales (le but n’étant pas de créer un spectacle ou une chorégraphie) d’une durée de trois semaines culminait par une présentation devant public avec échanges, questions et commentaires.

Ces blocs d’expérimentation de trois semaines se répétaient pendant toute l’année, tantôt dirigés par des chorégraphes invités de partout dans le monde, tantôt dirigés par moi.

J’ai donc appris beaucoup, sous le regard intéressé des spectateurs qui venaient plonger dans les différentes démarches artistiques.

En quittant Le Groupe de la Place Royale, j’ai conservé ce lien tangible avec le public pendant mes processus de création. 

À Montréal, pendant 7 ans, c’est sous la forme de «  focus groups  » que le public a pris part à l’évolution de mon travail chorégraphique. Non pas dans le but de plaire aux spectateurs, mais plutôt pour ne pas perdre de vue à qui je m’adressais .

Le désir de franchir le 4e mur et de m’adresser à l’autre fut toujours un leitmotiv pour moi.

À Québec, depuis 2000, le public m’a suivi dans ma démarche, toujours sous forme de «  focus groups  » pendant mes créations et également par l’animation d’ateliers et de conférences visant à démystifier cette forme d’art.

C’est en 2008, lors des festivités du 400e anniversaire de la fondation de la Ville de Québec, que j’ai intégré dans mon œuvre la présence du public. Public qui devenait alors un acteur important, au cœur d’un parcours déambulatoire dansé.

Un spectacle reprenant le concept de la procession de la Fête-Dieu, une manifestation religieuse très populaire à l’époque où les citoyens descendaient dans la rue pour prier ensemble. Dans LE FIL DE L’HISTOIRE (2008, 2009, 2010) et JE ME SOUVIENS (2011, 2012), ces processions profanes permettaient aux spectateurs de marcher ensemble, accompagnés par les danseurs qui exploitaient différents lieux patrimoniaux de la Ville de Québec.

Le succès de ce spectacle fut indéniable, permettant à des milliers de spectateurs néophytes de découvrir la danse contemporaine. L’impact fut tel que plusieurs d’entre eux osèrent la danse en salle pendant les années qui suivirent.

Le public avait manifestement une place de choix au cœur même de ces spectacles chorégraphiques extérieurs.

Plus récemment, ma nouvelle création, PARTITION BLANCHE, a été créée complètement sous le regard du public. Sous forme de résidences de création en divers lieux de diffusion au Québec, mon équipe débarque dans une ville pour une semaine, ouvrant les portes du théâtre pour accueillir le public et l’inviter à observer le travail de création en direct. C’est moi qui anime ces rencontres sous forme d’échange permettant d’en apprendre plus sur la création chorégraphique, d’apporter des commentaires, voire même des propositions, que nous essayons, directement devant eux. L’expérience est complètement fabuleuse, me permettant d’avoir le pouls du public en temps réel. Les six interprètes prennent également part aux échanges et aux discussions avec le public.

Avec PARTITION BLANCHE, c’est l’accomplissement ultime de la participation du public au cœur même de la création d’une œuvre.

C’est un devoir pour moi de faire en sorte que le spectateur qui assiste à mes spectacles reparte avec un petit quelque chose de plus. Une émotion, une réflexion, une sensation qui l’accompagnera le plus longtemps possible.

La force d’évocation de la danse permet aux gens qui s’abandonnent à la danse de vivre des moments uniques. Il suffit de lâcher prise de son désir de comprendre intellectuellement la danse, mais de la laisser résonner en soi. C’est pourquoi, après 32 années de création en danse, le public a toujours eu une place importante dans ma démarche chorégraphique.

Et pour moi, c’est un privilège de pouvoir livrer mon travail à des gens qui s’intéressent ou qui éprouvent simplement de la curiosité pour cette forme d’art que j’affectionne.

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