À l'avant-scène
Théâtre
Jeunesse

Jean-Philippe Joubert - D'un théâtre à l'autre

Dans les dernières années, j’ai eu la formidable chance de travailler dans les cinq théâtres à saison. Même si chaque fois qu’on fait un spectacle, on travaille avec la même rigueur et, par la force des choses, avec sensiblement la même signature artistique, chaque théâtre nous façonne différemment. 

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Catherine Mathis
6 septembre 2017

Dans les dernières années, j’ai eu la formidable chance de travailler dans les cinq théâtres à saison. Même si chaque fois qu’on fait un spectacle, on travaille avec la même rigueur et, par la force des choses, avec sensiblement la même signature artistique, chaque théâtre nous façonne différemment. C’est d’ailleurs là qu’est le plaisir de travailler dans plusieurs théâtres : chaque expérience vient compléter un éventail de possibles.

Évidemment, travailler avec le public des Gros Becs entraîne une responsabilité supplémentaire. Quoi dire aux enfants et comment le dire? Peu importe la difficulté du sujet, je souhaite qu’il y ait une lumière et un espoir. Je le souhaite d’ailleurs pour tous les publics, mais c’est crucial, pour les enfants. Et au théâtre jeunesse, grâce aux enseignants qui amènent leurs élèves au spectacle, c’est 100% de la population qui fréquente le théâtre! De toutes les origines, de toutes les conditions socioéconomiques et de toutes les expériences culturelles.

Au théâtre adulte, la diversité des publics est moins grande, mais il y a des énergies différentes dans chacun des théâtres. Les propositions des directions artistiques ont évidemment une influence, mais je me demande souvent si cela ne tient pas beaucoup au rapport entre la scène et la salle. Au Trident, on a un espace très vaste, avec un public très étendu en largeur. Les propositions doivent être larges, horizontales. Il y a toujours un fort contexte autour des personnages. À la Bordée, où on a un public très compact, la relation entre les personnages est plus dense, et le balcon crée deux perspectives sur le spectacle.

La différence tient aussi aux attentes du public. À Premier Acte, il y a une prédisposition très ouverte et un côté très familial, parce que les publics sont restreints et que beaucoup de gens connaissent les artistes. Tandis que le Périscope, c’est le lieu de la responsabilité pleine et entière. Lorsque j’y travaille avec Nuages en pantalon; j’y suis mon propre directeur artistique. C’est vraiment moi qui choisis et endosse, avec mon équipe, les propositions. On assume encore plus intimement notre responsabilité. Il me semble que ça teinte le contrat que nous avons le public et nous.

Le plaisir de se promener d’un théâtre à l’autre, c’est de faire partie d’équipes artistiques différentes. Comme metteur en scène, j’essaie d’être à l’écoute de ça, parce que c’est là que j’ai le plaisir de me faire guider par les directions artistiques en place. C’est très enrichissant de me fondre, comme un interprète, dans une vision artistique et de se mouler à un texte de répertoire qui existe.

J’ai mesuré la chance que j’ai de travailler régulièrement dans plusieurs structures différentes lorsque nous avons accueilli, en 2008, des artistes du théâtre francophone de partout à travers le monde. Quand je leur présentais la structure du milieu théâtral de Québec et que je leur expliquais que je me promenais d’un théâtre à l’autre, beaucoup d’artistes, notamment les artistes français, me disaient que c’était impossible de faire ça chez eux. Une des grandes qualités de Québec c’est d’avoir un milieu suffisamment important pour comporter une diversité d’approches et de points de vue et, en même temps, suffisamment petit pour qu’il y ait un esprit familial et solidaire dans la communauté artistique. Ça rend les passages d’un théâtre à l’autre assez fluides. C’est très souhaitable, cette synergie entre les différentes scènes.