À l'avant-scène
Musique

Karl-Emmanuel Picard, l'infatigable promoteur

Karl-Emmanuel Picard est un homme d’affaires qui travaille à travers les décibels et sur des planchers collants de bière renversée. Si vous avez déjà sauté au plafond au rythme de la musique dans une salle de Québec, il y a fort à parier que la soirée était organisée par l’omniprésent promoteur. 

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Louis-Philippe Bouliane
8 décembre 2017

Karl-Emmanuel Picard est un homme d’affaires qui travaille à travers les décibels et sur des planchers collants de bière renversée. Si vous avez déjà sauté au plafond au rythme de la musique dans une salle de Québec, il y a fort à parier que la soirée était organisée par l’omniprésent promoteur.

«C’est très difficile de vendre des billets de spectacle», affirme d’emblée le jeune promoteur qui travaille très fort pour remplir les salles de la ville de Québec. Au fil des ans, il a développé des techniques de marketing vraiment performantes. «Maintenant, il y a beaucoup de gens qui m’engagent comme consultant.»

Bien sûr, Internet change la manière de rejoindre les gens. En plus de publicités ciblées, les concours fonctionnent très bien sur Facebook. «Je peux lancer un concours et faire tirer une paire de billets. Ça va peut-être être partagé 2 000 fois et avoir une portée organique de plus de 200 000 internautes», décrit-il. Une quantité très intéressante lorsqu’on considère que cela ne lui a rien coûté de plus que les billets.

Malgré les avancées technologiques, les moyens de promotion traditionnels ne sont pas à rejeter du revers de la main. Les prospectus passés de main à main et l’affichage extérieur sont toujours au centre de ses campagnes de promotion.

La spontanéité est également au cœur de la stratégie de Karl-Emmanuel. Une bonne planification est évidemment nécessaire, mais il est aussi primordial de demeurer flexible. Le soir précédant notre rencontre, par exemple, il a organisé un after show à L’Anti après le spectacle de Children of Bodom à l’Impérial. Ceux qui venaient avec leur billet recevaient une bière gratuite. «C’est une promo différente qui n’a pas été prévue trois semaines d’avance par un conseil d’administration. J’ai décidé ça le matin. Ce sont des promotions spontanées qui fonctionnent très bien», explique-t-il.

La musique dans le sang

Alors que Karl-Emmanuel a entamé sa carrière de promoteur à 14 ans, sa passion pour la musique remonte à sa plus tendre enfance. Son père étant traiteur pour de nombreuses salles de spectacle, il revenait tous les soirs du travail avec un t-shirt de band et des passes backstage. Il a également amené son fils de six ans voir Metallica et The Ramones.

«J’ai vraiment grandi là-dedans», résume celui-ci. Il a aussi collaboré à la carrière de sa cousine, Pascale Picard.

C’est cette passion pour la musique qui l’a en partie poussé à s’impliquer dans le rachat de L’AgitéE qui, sous sa gouverne, est maintenant L’Anti. «Ça allait fermer et on ne voulait pas que ça devienne une épicerie, explique-t-il. Nous croyons qu’il y a une place pour cette salle de spectacle là.»

On n’a plus 20 ans…

Ce n’est pas uniquement le monde de la promotion qui a changé au fil du temps. Alors que les spectacles et les années se sont enchaînés, Karl-Emmanuel lui-même a pris de la maturité. Autrefois un effervescent jeune homme de 20 ans, il est maintenant le père de deux enfants.

«J’ai arrêté de boire de l’alcool il y a un an et demi pour être de meilleure humeur le matin et avoir plus de patience avec les gens avec qui je travaille, reconnaît-il. Avant, je dormais avec mon téléphone ouvert et je me faisais tout le temps réveiller par des courriels et des appels, mais maintenant je ferme toujours mon cellulaire, et s’il y a un problème, je vais vivre avec.»

Le réveil brutal est survenu grâce à un membre d’un groupe qui se produisait à L’Anti. Une journée avant le spectacle, sa vie de rockeur l’a rattrapé et son cœur s’est arrêté. Un électrochoc pour Karl-Emmanuel : «Je suis allé lire à ce sujet et tous les éléments déclencheurs étaient le stress, le manque de sommeil et la mauvaise nutrition, toutes des choses que j’avais dans ma vie», se souvient-il.

Un an et demi plus tard, c’est sans aucun regret que le promoteur a changé son mode de vie, trouvant enfin un équilibre entre son métier nocturne et sa vie diurne. Un nouveau rythme qui lui permet de continuer à faire ce qui le passionne : promouvoir la musique à Québec.

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