À l'avant-scène
Musique

Webster, faire vibrer les mots

Webster est l’un des précurseurs du mouvement rap qui anime aujourd’hui la ville de Québec. S’il passe maintenant son temps à promouvoir son art sur la scène, c’est d’abord en tant que spectateur qu’il a eu la piqûre de la musique. 

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Webster est l’un des précurseurs du mouvement rap qui anime aujourd’hui la ville de Québec. S’il passe maintenant son temps à promouvoir son art sur la scène, c’est d’abord en tant que spectateur qu’il a eu la piqûre de la musique.

Pour comprendre sa passion éclatante pour la scène, il nous faut remonter aux racines du milieu hip-hop de la capitale, au début de la décennie 1990. Pour Aly Ndiaye (qui deviendra Webster), le déclic se résume en deux mots : Pressure Pack.

«Ç’a été le premier groupe de rap, ici à Québec. Ils faisaient des shows au Centre Lucien-Borne et dans les bars de Grande Allée. J’avais pas l’âge de rentrer mais je m’infiltrais quand même. Ce sont eux, mes initiateurs, les ancêtres du rap d’ici.»
- Webster

Bien avant les Limoilou Starz, le 83 et les Good Samaritans, les performances scéniques du Pressure Pack ont façonné l’imaginaire d’un jeune artiste en devenir. À une époque où le rap américain semblait dominer, c’est la scène locale qui aura inspiré Webster à monter sur les planches avec ses propres textes.

De fil en aiguille, le rappeur donne ses premiers concerts à l’école Jean-De-Brébeuf en 1996, dans le cadre de spectacles scolaires, avec la complicité d’un animateur de pastorale particulièrement avant-gardiste. «Nos beats, on les mettait sur cassette, jusqu’à ce qu’il nous dise qu’il fallait absolument mettre ça sur CD», rigole Webster. Quoi qu’il en soit, la passion était bien installée déjà, alors qu’il griffonnait ses premiers textes de rap dans ses cahiers d’histoire. Un drôle de mélange avec lequel il crée encore aujourd’hui.

Deux décennies plus tard, les jeunes sont-ils toujours un aussi bon public? Absolument. «Les étudiants sont toujours complètement fous. C’est le meilleur public. Les concerts dans les écoles, ça permet de démocratiser le spectacle», et de rendre le concert plus accessible aux jeunes adultes, une relève essentielle pour la survie de la scène artistique.

Sortir du cadre

Si certains artistes excellent sur disque, d’autres rayonnent davantage sur les planches. Dans une certaine mesure, peu importe le style, les deux disciplines existent indépendamment, pense Webster. «C’est deux univers complètement différents. Le disque permet d’écouter la conception. Comment l’artiste sculpte et façonne son œuvre. La scène, ça permet de sortir du cadre studio et de présenter l’œuvre de manière vivante. Cette projection de l’art, elle est pure, et ça, j’adore ça.»

Évidemment, le monde et les temps changent. Les plateformes de streaming et le divertissement numérique commandent d’importants changements à l’industrie de la musique québécoise. Malgré tout, la communauté hip-hop semble résister à la tempête, tel un mouvement autarcique. «Le rap a tellement été marginalisé longtemps qu’on a développé notre propre structure, notre propre manière de faire, et pour certains, en ce moment, ça paye. Cette marginalisation, c’est peut-être son sauveur», indique le rappeur-conférencier.

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